Jelling

La pierre runique et les deux tumuli constituent un ensemble édifié par Harald à la dent bleue en l’honneur de ses parents le roi Gorm et sa femme, la reine Thyre, mais en son honneur à lui.

La pierre runique édifiée par Harald nous informe que le roi a commandé cette pierre pour commémorer la mémoire de Gorm et de Thyre, et rappelle qu’il a uni le Danemark et la Suède et converti les Danois au christianisme. La pierre qui représente également une scène de crucifixion et dont l’inscription est datée de la deuxième moitié du Xe siècle, est située à équidistance entre les deux tumuli funéraires. Le tumulus sud mesure 70m de diamètre pour 11m de haut, les fouilles entreprises entre 1861 et 1942 n’ont permis de découvrir aucune sépulture, mais un large poteau planté au sommet. Le tumulus nord a été fouillé une première fois dans les années 1820, avant d’être rouvert en 1861 et 1942. Il doit s’agir de celui de Gorm. À sa base se trouve un tumulus plus ancien enseveli par le tumulus plus récent lors de sa construction. Le tumulus contenait une chambre funéraire dont l’abattage des bois est daté de 958-959. Les deux tumuli semblent contemporains. La chambre funéraire a été ouverte et pillée à une période ancienne, mais les objets restants démontrent qu’elles devaient contenir de riches objets funéraires.

L’ensemble monumental de Jelling comprend également une église édifiée juste au nord de la pierre runique. Elle a été édifiée autour de 1100, les fouilles entreprises entre 1976 et 1979 ont montré que l’église actuelle en pierre avait été précédée par trois églises successives en bois. Le plus ancienne remonte à l’époque d’Harald, elle comportait une chambre funéraire à son extrémité est, et les restes d’un homme d’environ 1,70m accompagné de riches objets. L’hypothèse actuelle consiste à dire qu’il s’agit des restes de Gorm déplacés par son fils, Harald, du tumulus vers l’église. L’emplacement actuel des restes de la reine Thyre reste encore inconnu.

La christianisation et de l’écrit dans la culture scandinave

Les inscriptions présentes sur la pierre correspondent à des runes, tirées d’un alphabet particulier, nommé futhark (phonétique des six premières lettres). Selon la mythologie, les runes ont été inventées par Odin. En réalité, elles apparaissent plus probablement vers le IIe s. apr. J.-C. chez les Germains en contact avec les Romains (adaptation en partie de l’alphabet latin), puis se diffusent vers l’Europe centrale, puis septentrionale. Contrairement à certaines croyances actuelles, les runes ne comportent pas de signification magique même si elles ont pu être utilisées en contexte religieux. Ces runes sont le plus souvent retrouvées sur de la pierre ou du métal, ou encore sur du bois, ou de l’os. Lorsqu’elles sont présentes sur un objet, elles indiquent très souvent le nom du propriétaire de l’objet en question. On retrouve également très largement les runes sur des inscriptions funéraires.

L’inscription commandée par Harald sous-entend une christianisation rapide des Danois sous l’impulsion de sa seule volonté. En réalité, la christianisation a été beaucoup plus longue et complexe que ce qui est relaté par l’inscription. Avant même le début du processus de christianisation, de nombreux objets chrétiens ont été retrouvés dans des sépultures et des trésors datés du Ve siècle en raison des fructueux contacts commerciaux déjà existants entre les Scandinaves et le reste de l’Europe. La culture chrétienne est donc déjà connue des Scandinaves. Les premiers missionnaires chrétiens arrivent en Scandinavie à partir d’environ 820 (pics des raids vikings sur les côtes occidentales). Ils répondent notamment à une volonté de Louis le Pieux de christianiser le nord de l’Europe. Ces missionnaires peuvent également avoir été appelés par les rois/chefs locaux attirés par le christianisme pour des raisons politiques. En effet, la nouvelle religion leur permettait de conclure des alliances avec le pouvoir carolingien, d’accroître le prestige personnel, ou encore d’obtenir un soutien lors de luttes entre Scandinaves. Le christianisme permet aux rois de prendre le contrôle de la religion aux échelles régionale et locale, et ainsi déposséder les petits chefs locaux des prérogatives religieuses qu’ils possédaient avec la religion païenne. Le fait d’être des rois oints leur permet également de renforcer leur propre autorité. Les rois peuvent également s’appuyer sur les évêques pour unifier les croyances et limiter les divisions régionales. Devenir chrétien permet également d’éliminer une des raisons pour lesquelles les royaumes voisins auraient pu décider d’attaquer. La conversion officielle des peuples scandinaves est datée vers la fin Xe siècle. La christianisation a majoritairement été réalisée par la volonté de rois convertis, bien que les textes religieux découverts sur des pierres runiques du XIe siècle supposent que des conversions ont aussi eu lieu à titre individuel.

Seule l’Islande se convertit au christianisme par une volonté commune prise par l’althing en 999, réuni tous les ans à Thingvellir. La Norvège s’est convertie sous l’impulsion de trois rois : Håkon le Bon (v. 920-961) subit la résistance des hommes de Trøndelag lorsqu’il tente d’imposer le christianisme. Olaf Tryggvason (v. 965-1000), contraint certains de ses hommes au baptême par la violence. Olaf Haraldson (v. 995-1030), baptisé à Rouen en 1014, finit d’unifier la Norvège, et fait du christianisme la religion officielle du royaume. L’histoire de la conversion de la Suède est mal connue. Son premier roi chrétien est Olaf Stötkonung (v. 980-1022).

Ces rois avaient pour la plupart passé du temps en Europe Occidentale, et sont sans doute revenus avec la volonté d’imposer ces modèles politiques dans leurs royaumes. Ils sont appuyés par les missionnaires.

Résistances dans certaines régions reculées de la Scandinavie : Trøndelag (Norvège), ou autour du sanctuaire d’Uppsala (Suède), mais ailleurs, la conversion est relativement pacifique. Période de coexistence entre les chrétiens et les païens, parfois des objets peuvent comporter des décors syncrétiques. Est également observée une volonté de simplification de la religion chrétienne de la part des missionnaires et des rois, pour ne pas heurter les populations, par exemple, l’accent est mis sur le Christ triomphant (décor de la pierre de Jelling), et les symboles païens sont rapprochés des représentations religieuses scandinaves.

Le christianisme s’organise et s’implante ensuite de manière durable en Scandinavie. Les populations se concentrent autour des villes, sièges de diocèses. En Norvège et en Islande, les évêques sont itinérants jusque deuxième moitié XIe siècle. Les premières églises sont dans un premier temps construites en bois et de petite taille par de riches propriétaires sur leurs terres, ce qui constitue pour eux une manière de faire perdurer leur pouvoir.

La christianisation est évoquée comme l’une des causes de la fin du phénomène viking. Elle permet également d’instaurer une monarchie stable plus basée sur la violence. Elle s’est passée de manière globalement très pacifique, notamment en raison de la grande capacité d’adaptation des vikings. Une fois devenus chrétiens, la piraterie devenait incompatible avec la nouvelle religion des Scandinaves. L’Église implique en effet de nombreuses modifications dans la société scandinave : une forme de pacification, la suppression de l’esclavage, son ingérence dans les affaires politiques et la vie quotidienne des populations, l’unification. Le christianisme va à l’encontre des valeurs qui définissaient les vikings et leurs activités : dispersion, instabilité, division, mobilité. Le christianisme tente au contraire d’imposer la stabilité et l’ordre dans la société scandinave.



Accueil par le directeur du musée, Bjarne Clement

Atelier runes au musée de Jelling

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